Jean-Claude Bouttier avait bien tenté de nous mettre l’eau à la bouche en évoquant le mythique Hagler / Léonard comme filiation. Nous étions cependant quelques uns à savoir que De la Hoya n’avait rien du monstre indestructible qu’était le divin chauve en son temps et que Mayweather, malgré sa classe indéniable et sa réputation de meilleur boxeur du monde, ne pouvait supporter la comparaison avec le génial Sugar Ray.

Certes, on ne s’ennuya pas dans ce combat. On resta simplement sur sa faim, guettant en vain l’embrasement promis. Tout au long du match, il y eut surtout cette interrogation au sujet de l’attitude du « Pretty boy ». A quoi joue t-il ? Pourquoi, lui, le challenger, laisse-il autant l’initiative au champion du monde ? Car Dès le premier round, De la Hoya s’installa en patron, avançant sur son adversaire, le bloquant régulièrement dans les cordes, enchaînant par des séries répétées au corps puis à la face sans toutefois porter de coups décisifs. « Pretty boy » répliqua de temps à autre avec plus de sécheresse mais avec un manque évident de conviction. Il y avait comme un petit parfum d’impuissance dans cette affaire. On sentait De la Hoya incapable de descendre Mayweather malgré un net avantage de poids et Mayweather ,plus dangereux, dans l’impossibilité d’accélérer et de changer de rythme. On assista à quelques belles sorties de corps à corps en fin de partie mais rien de bien exceptionnel pour concourir au « hall of fame ».

Bref, on semblait se diriger vers la tranquille reconduite du sortant quand les juges décidèrent que ce combat, après tout le tintamarre médiatique,se devait de compter dans l’histoire de la boxe comme l’un des plus beaux hold-up jamais réalisé par le corps arbitral. Mayweather fut déclaré vainqueur, deux juges contre un, au grand dam du public et de la plupart des observateurs. De la Hoya n’avait pas délivré sa meilleure prestation mais il avait boxé en champion. Mayweather, lui, n’avait rien démontré et son arrogance finale, somme toute assez pathétique, indiquait bien la distance qui le séparait des très grands.

Bouttier avait eut toutefois le nez creux sur un point en évoquant un peu plus tôt le fameux Hagler / leonard : la controverse. Mais alors que le duel de 1987 couronnait deux monstres sacrés, le choc de la nuit dernière nous consternait par son manque d’inspiration, doublé d’une injustice. Bien sûr nous avions connu pire mais constations à regret qu’aucun des deux combattants ne sortait grandi de ce prétendu match du siècle. Nous espérions les étoiles,le tremblement de terre, le châtiment, la mise à mort. Nous eûmes le combat de deux futurs retraités du ring. Juste cela.