Ce premier week-end de juin, comme chaque année, nous nous sommes installés, nous - supporters du beau jeu et des moments d’anthologie -, devant le poste en espérant assister à quelque chose de grand, de légendaire, comme un rendez-vous obligé et auguré par les rétros proposées par France Télévision avant Nadal-Federer. En effet, la chaîne nous a alléché par la présence même des deux (Henri Leconte et Mats Wilander) qui, 20 ans auparavant nous avaient offert un match resté dans les mémoires pour sa brièveté. Une de ces finales estampillée ‘catastrophe sportive télévisuelle’ (et je ne parle pas de ceux qui ont payé leur place). Ou plus clairement pour ceux qui ne s’en souviennent pas : en finale contre le Suédois, Leconte s’effondre, au désespoir de son public qui le conspue.
L’issue des deux finales que l’on nous proposait ne pouvait être qu’historique : on n’avait pas gagné le tournoi trois fois de suite depuis Borg chez les hommes ou Seles chez les femmes. Et l’on peux toujours compter sur les doigts d’une main le nombre de joueurs ayant remporté les quatre tournois du Grand Chelem la même année.
Tableau masculin
Pourtant, nous nous serions cru retourné vingt ans en arrière, car c’est bien sur le modèle de 1988 que nos deux finales se sont calquées.
Affrontements de personnalités, tactiques improvisées, coach et kiné sollicités, rage de vaincre, retour dans les vestiaires en pleurs, raquettes fracassées, Jean-Paul Loth époustouflé, public provoqué, offensé, excité... Nous n'avons pas eu cela. À la place, nous avons vu la fébrilité de Roger Federer, toujours résigné à vouloir tenter le diable contre Nadal, à savoir l’affronter en fond de cours. Il nous a tout de même fait vibrer en multipliant par demi-douzaines les revers courts croisés rectilignes et invraisemblables de surpuissance.
On comparait Lacoste puis Borg à des crocodiles. En voyant évoluer l’espagnol Nadal, on a plutôt envie de le comparer à un rat. Asymétrique.
Comme d’habitude, comme vingt ans auparavant, le chouchou a facilement rompu, et n’a fait illusion que l’espace d’un set.
Un beau tableau féminin.
Les journées précédentes nous avaient offert plus de joie. En couronnement d’un tournoi féminin qui, pour une fois, portait bien son nom, nous avons eu droit à une belle finale et deux très belles demi-finales. Au point d’en imaginer un match pour la troisième place, ‘un match pour l’humeur’.
Même si le spectacle sportif n’est pas au rendez-vous, même si, à la fin c’est toujours celle qui ressemble le plus à un homme qui l’emporte, on ne va pas se plaindre.

Comme d’habitude donc, les favoris l’ont emporté, largement. Et heureusement chez les hommes, car c’est ce qui fera de la victoire de Federer à Roland Garros dans les années à venir un moment d’anthologie.