Une Star avant l'heure.
L’ascension de Jimmy Connors est fulgurante. Non classé en 1969, 14e joueur américain en 1970 et 5e en 1972, il explose soudain deux ans plus tard en réalisant un étonnant Petit Chelem à 22 ans. Il remporte en effet l’Open d’Australie, Wimbledon et l’US Open en s’améliorant au fil des tournois, et prend la première place mondiale. Son dauphin, Ken Rosewall, de dix-huit ans son aîné, ne peut que constater son impuissance, et l’émergence d’un nouveau tennis : « Jamais un joueur n’a tapé aussi fort sur toutes les balles », déclare-t-il après sa finale de Wimbledon perdue sur le score sans appel de 6-1 ; 6-1 ; 6-4. Un match où le légendaire volleyeur australien a encore pu montrer quelques facettes de son immense talent, contrairement à celui joué à l’US Open où Connors lui inflige la défaite en finale la plus cinglante de toute l’histoire du Grand Chelem : 6-1 ; 6-0 ; 6-1. L’heure de la retraite a sonné pour Rosewall.
Pourtant, contrairement à ce qu’on pourrait penser en écoutant le champion australien, ce n’est pas par Connors que la puissance devient un facteur essentiel dans le tennis. Avec Connors, on est encore loin des frappes lourdes et appuyées d’un André Agassi ou d’un Jim Courier, ou même du lift incontrôlable d’un Bjorn Borg. Ce qui donnait à « Jimbo » une impression de puissance, c’était surtout sa prise de balle incroyablement précoce, conjuguée avec un jeu de jambes extrêmement rapide, qui lui permettait de réussir ces retours de service, surtout en revers, qui le firent entrer dans la légende.
Avec son jeu long à plat et ses trajectoires hallucinantes rendues possibles par un bras gauche exceptionnel, il mettait à mal les meilleurs volleyeurs, comme son grand rival John McEnroe. Ce n’est pas un hasard si Connors a si bien réussi sur surfaces rapides et si peu sur terre battue. Parmi les 109 tournois remportés au cours de sa carrière (un record que Federer n’a pas encore battu !), l’Américain n’en a pas gagné un seul sur la terre battue européenne. On peut certes regretter que Philippe Chatrier, président de la Fédération française de tennis, lui ait interdit de disputer Roland-Garros à cause de sa participation aux tournois-exhibitions lucratifs comme « Intervilles ». Il est fort probable que, sans cette sanction (qui le dégoûta du French Open jusqu’en 1979, année où il parvint en demi-finale après cinq éditions manquées), Jimmy Connors aurait réalisé le Grand Chelem en 1974.
Un caractère bien trempé.
Au-delà d’un palmarès impressionnant (8 tournois du Grand Chelem remportés, sachant qu’il faisait l’impasse sur l’Open d’Australie à partir de 1976 ; 7 autres finales jouées ; 5 US Open gagnés sur 3 surfaces différentes, 5 années de suite terminées à la place de n°1 mondial…), Connors, c’est d’abord une « gueule ». Un individualiste convaincu que l’aventure de la Coupe Davis n’intéresse pas le moins du monde. Un champion souvent très méprisant envers ses adversaires. Un homme fier et orgueilleux capable d’attaquer la Fédération française de tennis – réclamant un million de dollars de dommages et intérêts – pour l’avoir empêché de réaliser le Grand Chelem en lui interdisant Roland-Garros. Un joueur impulsif blessé par la défaite, en témoigne ce coup de poing qu’il infligea à un supporter de Vilas après sa finale perdue contre l’Argentin à l’US Open 1977. Mais un monstre de volonté et d’endurance aussi, capable de retourner les situations les plus désespérées. Mené 6-1 ; 6-1 et balle de 4-0 contre Pernfors à Wimbledon en 1987, Connors, 35 ans, est comme un vieux lion qui refuse de mourir. Il renverse la tendance en produisant un tennis d’une autre planète, et parvient jusqu’en demi-finale où l’attend le futur vainqueur, Pat Cash. Un recordman de longévité enfin : en 1991, à 39 ans, il effectue un spectaculaire come-back. Il pousse Chang aux 5 sets à Roland-Garros et, surtout, parvient jusqu’en demi-finale à l’US Open en écœurant Aaron Krickstein. Contre Paul Haarhuis en quart de finale, il enflamme le court central grâce à un point stupéfiant, retournant quatre smashs à la suite et terminant sur un passing de revers fabuleux le long de la ligne. En 1995, on le voit encore en quart de finale du tournoi de Halle, à presque 43 ans !
Connors, dans les dernières années, a su s’attirer enfin les faveurs du public américain qui a longtemps préféré au « bad boy » le charisme des « gentlemen » Arthur Ashe et Stan Smith dans les années 1970. Son tennis était flamboyant et généreux, courageux et incroyablement varié. On avait l’impression qu’il inventait de nouveaux coups constamment, au fur et à mesure que la partie avançait. Son revers de gaucher à deux mains était un modèle d’audace et d’efficacité : il n’a jamais eu son équivalent, quelle que soit l’époque. Mais ce sont surtout ses qualités de combattant qui ont fait de lui un champion hors pair. Rien ne semblait résister à sa volonté inébranlable : par certains côtés, il rappelle Nadal, même s’il est improbable que l’Espagnol ait une aussi grande longévité que cette grande figure du tennis qu’est Jimmy Connors…