Le triomphe de Tony Parker ne doit pas masquer le petit cru de ces playoffs 2007. Il faut dire que nous étions encore tout à la magie de l’opus précédent qui nous avait offert au moins trois duels d’anthologie _une finale de conférence entre Dallas et San Antonio qui se joua sur un ballon, la finale proprement dite avec un Dwyane Wade magistral, la palme revenant à cette formidable série entre Les Suns et les Lakers. Si l’on excepte l’incroyable performance des Warriors, l’on eu donc droit à des playoffs sans surprise qui se concluèrent par la victoire logique de l'équipe la plus complète.
Dans les années de transition, les Spurs sont imbattables. C’est de loin la franchise qui possède les meilleurs fondamentaux et qui peut s’appuyer sur le banc le plus impressionnant de la ligue. Dans ces conditions on ne s’étonnera pas que les cavaliers aient été laminés par le collectif bien huilé des texans. On aurait cependant aimé trouver en Lebron James un adversaire plus coriace. King James dont le talent est immense a toutefois montré ses limites actuelles. Incapable de se défaire du marquage à la culotte de cette satanée sangsue qu’est Bruce Bowen, il tomba systématiquement dans le piège de la prise à deux dans les actions dos au panier. En délicatesse avec son shoot, il n’eut pas plus de réussite dans ses tentatives de pénétration. On pourrait compter ses dunks sur les doigts d’une main, lui si prolifique d’habitude. Plus inquiétant, Lebron, longtemps taxé de ne pas être un "clutch player" mais qui avait fait taire tous ses détracteurs la saison dernière suite à l’épique combat face aux Wizards, n’a jamais paru vouloir prendre le match à son compte et a semblé particulièrement fébrile dans les moments importants.
Si par son poste, son numéro, l’engouement qu’il génère il rappelle Michael Jordan, sa finale le rapproche plus du Shaq des premières années, celui rossé par Hakeem "the dream" Olajuwon en un retentissant «sweap » des familles. Là aussi, il avait manqué à O’Neal ce petit sursaut d’amour propre pour au moins tomber avec les honneurs.
Pour James commence un nouveau défi. Après les éloges sur sa précocité et sa polyvalence, il devra prouver qu’il n’est pas qu’une exceptionnelle machine à statistiques mais bien le futur héros des phases finales. Sa première mission sera d’exiger des coéquipiers plus costauds afin d'être épaulé dans sa quête de titre. Sans cela, James restera à la porte du fabuleux destin qui lui est promis.
Qu’on le veuille ou non, on ne gagne pas tout seul une bague de champion NBA. Si la super star n’est pas entourée de quelques joueurs brillants et de caractères, il n’y a pas de miracle. Peut-on imaginer Bird sans McHale et Parish, Jordan sans Pippen, Magic sans Jabbar et Worthy? A la vérité, tout repose sur la secrète alchimie entre un leader né et des lieutenants tout aussi indispensables.
Malgré les "highlights", les frissons procurés par Julius Erving en son temps, les smatchs ravageurs de Dominique Wilkins, les acrobaties plus récentes de Bryant ou de Wade, le basket demeure avant tout un sport collectif. C’est la grande leçon que nous donne les Spurs de San Antonio; et si, bien entendu, nous n’avons pas le «showtime » des lakers, la légendaire férocité des Pistons, ou la maestria des Bulls de la grande époque, il nous reste la force d’un basket au tempo maîtrisé, au repli défensif impeccable, à la générosité sans faille. Un basket pour les puristes me direz-vous? Non, L’essence du basket tout simplement.