Que penser en effet de la victoire d’Alberto Contador, si ce n’est à une énième calembredaine comme seule la grande boucle semble capable d'en inventer.

Quelques jours plus tôt ,Rasmussen, « Chicken » pour les intimes, le poulet aux hormones qui monte plus vite que le miraculé du Texas, avait une nouvelle fois démontré qu’on pouvait prendre pour un crétin des Alpes ou des Pyrénées l’univers tout entier et triompher à Paris sans coup férir mais avec un savant dosage médicamenteux. Sans l’intervention malencontreuse d’un consultant italien qui révéla que le danois avait le don d’ubiquité ,on était parti pour tirer une sacrée tronche sur les Champs-élysées.

Est-ce pour autant mieux avec le senor Cantador ? A l’évidence non, tout chez lui rappelant Armstrong en plus jeune ; donc en pire. Avec Rasmussen, on savait qu’on en prenait au mieux pour deux ans, avec ce Bahamontès des laboratoires, s’il échappe à l’affaire Puerto, c’est une décennie terrible qui s’ouvre devant nous. Indurain et Armstrong réunis…Quelle punition !

J’ai des regrets. Oui,des regrets,ma légère ceinture pondérale. Avec les mêmes produits que Vino et un petit peu d'entraînement somme toute, quel ne serait pas mon palmarès, mes amis. Car vous êtes comme moi, en train de vous dire que vous êtes passés à côté une sacrée carrière et qu’avec une bonne dose de crapulerie et trois gouttes de sueur vous seriez à la place d’un de ces sinistres champions lyophilisés. Eh oui,c’est bien là le drame. Non pas le dopage,au fond.. Mais l’héroïsme à la portée de chacun. Fini le temps des guerriers solitaires domptant les sommets et avalant les kilomètres tels des monstres mort de faim. Bienvenue aux vététistes du dimanche qui se disputeront bientôt la légendaire tunique jaune en raillant les grands anciens et les mythes absurdes du passé.

Adieu donc Garin, Christophe, Thys, Magne, Vietto, Robic, Coppi, Bartali, Kubler, Bobet, Gaul, Bahamontès, Anquetil, Poupou, Pingeon, Merckx, Ocana, Thévenet, Hinault, Fignon, Lemond, Indurain, Pantani. Adieu à tous ceux qui passèrent les portes de la gloire chevauchant leur machine infernale. Adieu à notre Tour de France , la plus merveilleuse course annuelle jamais créée. Adieu à nos rêves d’enfant. Le cyclisme est mort. Vous me direz, « vive le cyclisme ! » Pas si sûr justement, pas si sûr…