Etions-nous bien à notre place ? A quoi bon, en effet, battre l’équipe qui produisait le plus de jeu pour ensuite abandonner toutes nos valeurs et servir ainsi la soupe à une Angleterre certes vaillante, courageuse et bien organisée mais pâle copie de sa grande devancière commandée par Clive Woodward.

Oui, le rugby français a failli dans sa mission d’être une éclaircie dans la grisaille anglo-saxonne, d’accepter l’héritage des blacks et de défendre une certaine idée de l’ovalie; car, en définitive, la victoire avec si peu d’enthousiasme aurait été pire que ce salutaire revers.

Notre coupe du monde est un échec non en raison de l’élimination mais par ce manque d’ambition qui a constitué les trois dernières saisons du quinze de France.

Pire, l’équipe a régressé par rapport à la dernière coupe du monde. Si elle avait mal maîtrisé ses gammes il y a quatre ans, elle était tombée cette fois là devant une très grande équipe. Mais jusqu’à ce terrible coup d’arrêt, elle avait fait honneur à sa réputation. Elle avait produit du beau rugby et nous avait fait espérer en un glorieux destin sur nos terres où nous sommes traditionnellement quasi imbattables quand nous nous piquons de jouer au maître de cérémonie.

Dans ces conditions, ne devons-nous pas remercier les néozélandais qui l’espace de 80 minutes, en cette formidable nuit de Cardiff, sur les ruines de l’Eden Park qui a vu tant d’exploits, nous redonnèrent foi en notre inventivité, en cette capacité de renverser des montagnes qui a fait notre légende ?

C’est pour ma part, ce que je retiendrai de ce parcours tricolore. Un match d’anthologie. C’est peu, mais c’est déjà beaucoup. A moins d’une bonne surprise en finale, on risque très vite d’oublier le vainqueur de ce championnat tant la volonté affichée de détruire la créativité et de ne profiter que des erreurs de l’adversaire apparaissent comme la commune règle du rugby moderne.

Pour conclure, nous voilà donc aussi musclés que les autres, aussi amoureux des gros tampons, aussi disciplinés que nos voisins des îles britanniques mais pour autant cela ne fait pas de nous des vainqueurs. C’est une bonne nouvelle. Il est temps de retrouver le panache et l’énergie des Rives et autres Sellas et d’embrasser à nouveau notre bon vieux french flair.